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15 Janvier 2026

CNAF Data 360° : comment la CNAF a mené sa révolution data pour mieux servir les métiers

Après plus de cinquante ans d’évolutions successives de son système décisionnel, la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) a engagé une transformation majeure de sa gestion de la donnée. Cette modernisation ne s’est pas limitée à un changement d’outils : elle a profondément repensé la manière dont la data est produite, gouvernée, partagée et utilisée au quotidien par les métiers. Ce retour d’expérience, porté par Pierre Le Duc, Lucrezia Andria et Pierrick Leroy, met en lumière une aventure collective où la dimension humaine et organisationnelle a été aussi déterminante que les choix technologiques.

Un contexte data hors norme pour un acteur clé du service public

La branche Famille occupe une place centrale dans le paysage social français. Elle accompagne plus de 13 millions d’allocataires, couvre près de 32 millions de personnes et mobilise environ 30 000 collaborateurs sur l’ensemble du territoire. Chaque année, des milliards d’euros de prestations sont versés, générant des volumes de données considérables et des besoins d’analyse permanents pour piloter les politiques publiques, lutter contre la précarité ou encore accompagner la petite enfance et le logement.

Dans ce contexte, la donnée est au cœur de l’action quotidienne. Pourtant, le système décisionnel historique atteignait ses limites, tant sur le plan technique que sur le plan organisationnel.

Un système décisionnel arrivé à maturité

Avant la modernisation, la CNAF s’appuyait sur un environnement entièrement construit autour de SAS, avec une infrastructure peu évolutive et difficilement scalable. Les données étaient réparties dans plus d’une centaine d’entrepôts étanches, séparant la vision nationale de celle des CAF locales. Cette organisation rendait complexe le partage d’informations, limitait l’historisation des données détaillées et freinait l’autonomie des utilisateurs métiers.

À cela s’ajoutaient des contraintes fortes en matière de performances, de gestion des habilitations et de restitution, avec peu d’outils modernes de datavisualisation. La donnée existait en abondance, mais son potentiel était sous-exploité.

Une ambition claire : rendre la donnée plus utile et plus accessible

Face à ces constats, la CNAF a souhaité franchir un cap. L’objectif était de mieux servir les métiers en leur donnant accès à des outils plus intuitifs, plus puissants et mieux gouvernés. Il s’agissait également de renforcer la cohérence entre le national et le local, d’améliorer la sécurité des données et de permettre de nouveaux usages analytiques, notamment autour du big data et de l’analyse avancée.

Cette transformation devait aussi s’inscrire dans un cadre budgétaire maîtrisé et garantir une continuité totale du service public, sans impact visible pour les allocataires.

Une plateforme data moderne au service des usages

La modernisation s’est traduite par la mise en place d’une nouvelle plateforme data ouverte, s’appuyant notamment sur Databricks pour le stockage et l’analyse des données à grande échelle, et sur Power BI pour la datavisualisation.

Aujourd’hui, la CNAF dispose d’un data lake unique de plusieurs centaines de téraoctets, capable de traiter des tables dépassant le milliard de lignes. Des milliers d’utilisateurs peuvent désormais accéder aux données, créer des analyses ou consommer des rapports, dans un cadre sécurisé et gouverné. Cette plateforme permet des analyses jusque-là impossibles, tout en favorisant le partage et la mutualisation entre les différents niveaux de l’organisation.

L’humain au cœur de la transformation

Si la technologie a joué un rôle clé, la réussite du projet repose avant tout sur l’accompagnement du changement. Étendue sur près de cinq ans, la transformation a profondément modifié les pratiques et parfois les métiers eux-mêmes. Pour éviter les risques de décrochage, d’isolement ou de perte de compétences, la CNAF a investi massivement dans la formation et la communication.

Un dispositif d’accompagnement progressif a été déployé, combinant formations sur mesure pour les experts, généralisation des compétences à l’échelle du réseau, relais régionaux et espaces collaboratifs. La communication s’est voulue transparente, y compris lorsque toutes les réponses n’étaient pas encore connues. Surtout, le projet a été porté par les métiers eux-mêmes : ce sont les utilisateurs qui ont parlé aux utilisateurs, favorisant l’adhésion et l’appropriation des nouveaux outils.

Une approche pragmatique et progressive

L’un des enseignements majeurs de cette aventure a été la nécessité de rester réaliste. Vouloir transformer simultanément les outils, les langages et la modélisation des données s’est révélé trop ambitieux. La CNAF a donc fait le choix d’une migration quasi à iso-périmètre, en reportant certaines optimisations à une phase ultérieure.

Ce pragmatisme a permis de sécuriser la transition, de préserver les savoir-faire existants et d’inscrire la transformation dans la durée.

Une transformation durable et inspirante

Aujourd’hui, la modernisation data de la CNAF se traduit par une montée en compétence généralisée, une meilleure collaboration entre IT et métiers, et une culture data plus mature à tous les niveaux de l’organisation. Les équipes se sont approprié les nouveaux outils et explorent désormais des usages à forte valeur ajoutée.

Cette expérience démontre qu’une transformation data réussie, en particulier dans le secteur public, repose autant sur la gouvernance, l’accompagnement et l’humain que sur les choix technologiques. La CNAF illustre ainsi comment la data peut devenir un véritable levier de performance et de service, au bénéfice des métiers et, indirectement, des citoyens.